Deux semaines avant mon départ, j’hésitais entre un voyage en Turquie ou visiter le Canada.

Quelques années auparavant, j’avais fait la connaissance d’une Québécoise anglophone en visite à Bruxelles. Comme cela se fait souvent quand des gens se rencontrent en vacances, Caroline m’avait laissé ses coordonnées en me disant de l’appeler si je venais un jour au Québec. Voilà une belle opportunité que je saisis volontiers.

Caroline ayant déménagé, je me suis souvenue que son père était directeur d’une compagnie internationale ayant son siège à Montréal. J’ai donc envoyé une lettre par télécopieur (le nec plus ultra à l’époque, juste après le télex) à cette compagnie en demandant si le papa de Caroline était toujours en poste. Dans la même journée, je recevais une réponse positive avec les nouvelles coordonnées de sa fille.

Dring, dring. Allô Caroline ! J’arrive ! Peux-tu me prendre à Mirabel ?

Et voilà, la Turquie retournait sur la liste pour une prochaine escapade.

Quarante-cinq minutes après mon atterrissage, je me suis sentie chez moi. Les gens me souriaient comme s’ils me connaissaient. Un sentiment d’appartenance au Québec m’a envahie dans l’aéroport. Incroyable !

Ah… je m’en souviens comme si c’était l’année dernière. Que du bonheur.

Je passe trois jours à Hudson avec mon amie et son conjoint; je visite la ville de Québec, les chutes du Niagara, Toronto, Montréal. Comme tous les touristes, me direz-vous. Ben non. Je ne me sentais aucunement touriste. Je me sentais chez moi.

 

Dix jours passent. Nous sommes début juin. Vol de retour vers la Belgique. Le cœur gros, comme si je venais de quitter mon amoureux. Fini les grands espaces, les lacs, les gens souriants. Au bout, la grisaille belge, pfff…

Sept heures de vol portent conseil. Les messages défilent dans ma tête comme des voitures sur une autoroute. Croyez-moi ! La mission : TU VEUX VIVRE AU QUÉBEC. Tu mets tout en œuvre pour réussir. Ma petite voix négative se faisait littéralement écraser par la voix positive.

Dans l’aéroport de Bruxelles National, je saisis un bottin de téléphone. J’appelle l’ambassade du Canada. Waw, la chance me sourit, le service d’immigration m’envoie les documents à remplir. YES !!! Bon début.

Le lendemain, le travail m’appelle. Je ne parlerai de mon projet à personne. Je ne veux pas entendre de la bouche de ces gens qui ne feront jamais rien que leur traintrain habituel, les phrases :

  • Tu ne vas pas faire ça !
  • Tu ne connais personne là-bas.
  • Tu pars sans avoir un boulot garanti.
  • Tu as ta maison et tes amis ici.
  • Et tes parents, as-tu pensé à ta famille ?
  • Tu as 37 ans !
  • Tu seras toujours une étrangère pour eux !
  • Tu reviendras avec la queue entre les jambes. Tu n’auras plus rien.
  • Tu…, tu… et tu…

Non, non, non et non ! Ils ne seront pas l’écho de ma voix négative que j’avais laissée sur le tarmac de l’aéroport en décollant de Montréal. Je veux garder mon focus. Une attitude positive.

(Fin de la première partie)

À suivre…